Art

ANTIFLORAL

2016 – 2020

Extrait d’un texte de Francine Périnet:
Cette série propose un regard différent sur la photographie dont l’objet est habituellement de documenter une recherche à caractère scientifique sur les plantes ou de poser un regard admiratif sur des jardins ou de majestueux paysages. Arcand interroge précisément cette représentation idéalisée d’une nature à l’allure parfaite, particulièrement celle de la flore, le plus souvent définie au gré d’un agencement de formes et de couleurs savamment équilibré et éclairé. Avec Antifloral, il découvre une perfection autre au fur et à mesure de l’observation des plantes de son jardin. Il y investit le processus cyclique de renouvellement et de transformation.

La réalité horticole montre que mauvaises herbes et autres plantes sauvages sont de loin plus nombreuses que les espèces dites nobles cultivées dans nos serres et jardins. Antifloral s’occupe de mettre en lumière ces végétaux injustement ignorés. En ce sens, son regard n’hésite pas à mettre en question la perception populaire d’une nature en représentation héritée d’un système de valeur qui trace la ligne entre bon et mauvais, le bien et le mal.

Ce corpus photographique est de nature performative. Pendant plus d’une saison et presque une heure par jour, l’artiste photographie des plantes aléatoirement rassemblées sur le sol. Photographe et cueilleur, il propose ainsi une image de la nature dont il ne peut contrôler la qualité de la composition ni prédire la récolte, s’il fera soleil ou s’il pleuvra. L’acte de la cueillette est en revanche délibéré et, en cela, s’affirme comme performance. Il se livre à une suite de gestes répétitifs qui modifient son état d’esprit, comme une méditation.

Traditionnellement, la mise en image des plantes est déterminée par un contexte social bien précis qui tend à élever le sujet photographié au statut de « nature idéale » ; mais ce titre exprime surtout une volonté de contrôle immodérée à l’égard de la nature. Dans un autre contexte, pourtant, dans un ailleurs, les normes de l’acceptable pourraient s’articuler de manière bien différente. Lorsqu’il entreprend de répertorier les amas de résidus d’un milieu naturel, il fait apparaître une certaine nature photographiée rehaussée d’accents esthétiques, magnifiant dès lors un sujet plus que banal.

Le processus de création de la photo intervient ici dans son devenir même ; il met à l’épreuve, grâce au hasard qui s’immisce dans la production, les normes de la composition prédéfinie. La très grande netteté de l’image fait en sorte que chaque petit détail est visible, lisible, ce qui amène à découvrir les actions-réactions qui, dans leur enchaînement, ont donné lieu à la création de l’image. C’est dire combien directe et sans équivoque se fait la rencontre du spectateur et de l’image. Le sujet est présent, sans artifice. Le traitement monochromatique de l’image contraste avec la représentation traditionnelle du sujet, conférant ainsi un degré d’abstraction à la photographie dont n’émane plus qu’une pâle trace de réel. Un réel de représentation capable, toutefois, de renouveler la réflexion sur le concept de nature trop souvent transposé en termes de contrôle et de domination d’un règne sur l’autre.
 

Impressions
Des impressions archive au jet d’encre sur papier fibre dans une édition de 10 sont disponibles aux formats 14’’ x 20’’ (36 cm x 50 cm) et 30’’ x 42’’ (76 cm x 107 cm).

Excerpt from a text by Francine Périnet:
This series offers a different perspective on photography which purpose is usually to document scientific research on plants or to cast an admiring gaze upon gardens or majestic landscapes. Arcand specifically questions this idealized representation of a perfectly alluring nature, particularly that of flora, most often defined by a skillfully balanced and illuminated arrangement of shapes and colors. With Antifloral, he discovers a different kind of perfection as he observes the plants in his garden. He explores the cyclical process of renewal and transformation.

Horticultural reality shows that weeds and other wild plants far outnumber the so-called noble species cultivated in our greenhouses and gardens. Antifloral seeks to highlight these unjustly ignored plants. In this sense, his vision does not hesitate to question the popular perception of nature as a representation inherited from a value system that draws the line between good and bad, right and wrong.

This body of work is performative in nature. For more than a season and almost an hour a day, the artist photographs plants randomly gathered on the ground. As both photographer and gatherer, he thus offers an image of nature whose composition he cannot control, nor can he predict the harvest, whether it will be sunny or rainy. The act of picking, on the other hand, is deliberate, and such, asserts itself as a performance. He engages in a series of repetitive gestures that alter his state of mind, like a meditation.

Traditionally, the way in which plants are portrayed is determined by a very specific social context, which tends to elevate the photographed subject to the status of “ideal nature”; but this title expresses above all a desire for immoderate control over nature. However, in another context, in another place, standards of acceptability could be articulated quite differently. When he sets out to catalogue the waste heaps of a natural environment, he reveals a certain photographed nature enhanced by aesthetic accents, magnifying a more than banal subject.

Here, the process of creating a photograph intervenes in its very becoming; it challenges the norms of predefined composition, thanks to the chance that interferes in production. The extreme sharpness of the image ensures that every little detail is visible and legible, leading to the discovery of the actions-reactions that, in their sequence, gave rise to the creation of the image. This is how direct and unequivocal the encounter between viewer and image is. The subject is present, without artifice. The monochromatic treatment of the image contrasts with the traditional representation of the subject, thus conferring a degree of abstraction to the photograph from which emanates only a pale trace of reality. A real representation capable, however, of renewing reflection on the concept of nature, too often transposed in terms of the control and domination of one kingdom over another.
 

Prints
Some type-C silver prints in the following sizes are available: 20’’ x 24’’ (51 cm x 61 cm) and 30’’ x 40’’ (76 cm x 102 cm). Archival inkjet prints on fiber based paper in an edition of 10 are also available in 14’’ x 20’’ (36 cm x 50 cm) and 28’’ x 40’’ (71 cm x 102 cm).

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